24 Juin 2015

Irrigation assistée par satellite

Une équipe du CESBIO (Centre d’études spatiales de la Biosphère) et de l’Université Cadi Ayyad de Marrakech développe un outil en ligne d’aide à la prise de décision d’irrigation. Cet outil, qui continue à être amélioré, est d’ores et déjà accessible à tout irrigant du monde entier qui en fait la demande.

Suite à l'expérience de pilotage d'irrigation menée au Maroc lors de l'expérience SPOT4-Take5 (Le Page et al, 2014) pilotée par le laboratoire mixte international "Télédétection et ressources en eau en méditerranée semi-Aride" (TREMA), un outil Web d'aide à la prise de décision d'irrigation est en cours de développement par le CESBIO (http://osr-cesbio.ups-tlse.fr/Satirr) et l’Université Cadi Ayyad de Marrakech. L’outil est fonctionnel sur trois tuiles (rectangles de prise d'images) Landsat8 situées à Marrakech au Maroc, Kairouan en Tunisie, Toulouse en France.

L'outil s'adresse à des irrigants :  après avoir dessiné sa parcelle sur un fond cartographique, l’utilisateur répond à 4 questions.

  • Il choisit sa culture parmi 7 options actuellement renseignées (maïs, blé, olivier, agrumes, pomme de terre, coton et tomate),
  • son sol parmi les 12 sols type de l’US Department of Agiculture.
  • sa date de semis.
  • et son mode d’irrigation (gravitaire, aspersion ou goutte à goutte).

Cette initialisation sommaire est suffisante pour lancer le service, mais l’utilisateur pourra modifier à tout moment les contours de sa parcelle ou affiner la paramétrisation s’il connaît bien le sol, les particularités de sa culture, etc.

Dans un premier temps le serveur se charge de faire une approximation d’un comportement moyen de la plante. Pour cela, une climatologie mensuelle est compilée (moyenne multi-annuelle de paramètres météo) puis interpolée au pas de temps journalier, alors que le comportement moyen de la plante est tiré des tables du document FAO-56 « FAO Irrigation and Drainage n°56: Guidelines for Computing Crop Water Requirements » (Allen et al, 1998).

Dans un second temps, les images satellites déjà présentes sur le serveur sont examinées puis les relations entre NDVI et Coefficient Cultural de Base (Basal Crop Coefficient, Kcb) et le pourcentage de la couverture du sol par la végétation (Fraction cover, Fc) sont déterminées à chaque date disponible en faisant une moyenne sur la parcelle.

La météo passée est renseignée par les mesures effectuées sur la station synoptique de l’Organisation Mondiale Météorologique la plus proche, et synthétisée quotidiennement sous la forme de l’évapotranspiration de référence (ET0) et de la pluie. Enfin, des prévisions météo sont obtenues grâce à l’API de l’Institut Météorologique Norvégien.

Finalement, un bilan hydrique très proche de celui décrit dans la méthode FAO-56 est calculé en combinant ainsi comportement cultural et climatologie type, imagerie satellitaire, mesures et prévisions météo ainsi que projection dans le futur du développement de la culture. Le but étant bien évidemment de proposer une date et dose d’irrigation.

En plus de mettre à jour la météo (mesures et prévisions), le serveur vérifiera chaque jour la disponibilité de nouvelles images (uniquement Landsat8 pour le moment). Si une nouvelle image est disponible, elle est téléchargée, corrigée des effets atmosphériques en utilisant les informations fournies par le photomètre du réseau Aeronet le plus proche en utilisant le code SMAC (Rahman & Dedieu, 1994), puis un masque de nuage est créé et le NDVI est calculé. Cette image est stockée alors que le fichier original est jeté pour ne pas encombrer le serveur.

L’ensemble paramétrisation/mesures/prévision est stocké sur une base postgres/postgis qui fait le lien avec une interface web. L’utilisateur peut consulter les résultats sous forme de tableaux ou de graphes, et rajouter ses propres irrigations dans une autre interface dédiée.

Bien que l’interface soit encore un peu fruste, des développements sont envisagés surtout du côté serveur :

  • Adaptation à Sentinel-2 : a priori le passage à S2 ne devrait pas poser de soucis. Il faudra cependant adapter le calcul des tuiles à télécharger, le code de téléchargement, ainsi que la lecture du format.
  • Utilisation de Sentinel-1 : cans l’état actuel, le bon fonctionnement du bilan hydrique repose sur l’information réelle de l’irrigation que doit fournir l’utilisateur. Il est prévu tester l'utilisation d’images S1 pour déterminer les dates d'irrigation.
  • Accès à des stations agro-météo locales : dans le cadre du développement du Système d’Information Environnemental au Cesbio, la télémétrie de plusieurs stations météo se met petit à petit en place (par exemple voir http://trema.ucam.ac.ma (Jarlan et al, 2015)), Ces stations devraient être accessibles à travers un service web normalisé du type Sensor Web.
  • Introduction de réseau d’irrigation collective. Les travaux de thèse de Kharrou (2013) et Belaqziz (2013, 2014) ont montré que la télédétection spatiale peut servir à optimiser les tours d’eau sur un secteur irrigué. Le CESBIO compte donc offrir la possibilité d’introduire un ensemble de parcelles pour l’associer à un réseau de distribution et proposer in fine un arrangement optimisé du tour d’eau. Cependant, à l’heure actuelle, cet objectif est plutôt de l’ordre du défi !
  • Une procédure d'estimation du rendement du blé avec la télédétection spatiale est à l'étude (Thèse J. Toumi) et pourrait fournir une estimation précoce du rendement dans cet outil.
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